Fiche chronologique approfondie Le 25 avril 1945, l'Obersalzberg connaît l'un des épisodes les plus marquants de son histoire. En quelques heures, le centre de pouvoir alpin du régime nazi est ravagé par l'un des derniers grands raids du Bomber Command britannique. Cette attaque survient quelques jours seulement avant l'effondrement définitif du IIIᵉ Reich. 1933-1944 La naissance d'une cible stratégique Après l'arrivée d'Hitler au pouvoir, l'Obersalzberg est progressivement transformé en un vaste complexe réservé à l'élite nazie. Hitler y passe régulièrement plusieurs mois par an et reçoit de nombreux dirigeants étrangers au Berghof. Autour du Berghof sont construits : la résidence de Martin Bormann : les résidences des dignitaires nazis : la maison de Hermann Göring : les casernes SS : des bâtiments administratifs : des installations techniques : un vaste réseau de tunnels et de bunkers : des équipements agricoles et d'approvisionnement. Durant toute la guerre, les Alliés considèrent l'Obersalzberg comme l'un des symboles du pouvoir hitlérien et comme un centre décisionnel majeur du régime. Juin 1944 Un premier projet de bombardement Après le débarquement de Normandie, les Alliés envisagent déjà de bombarder l'Obersalzberg. Des reconnaissances aériennes sont effectuées mais l'opération est finalement abandonnée. Certains responsables alliés estiment alors que la disparition prématurée de Hitler pourrait compliquer la conduite de la guerre davantage qu'elle ne l'accélérerait. Hiver 1944-1945 L'inquiétude de la «Forteresse alpine» À mesure que le Reich s'effondre, les services de renseignement alliés redoutent que les dirigeants nazis ne se replient dans les Alpes bavaroises afin d'y organiser une ultime résistance. Cette hypothétique «Forteresse alpine» (Alpenfestung) est présentée comme un vaste bastion défensif appuyé sur les reliefs bavarois et autrichiens. Même si ce projet se révélera largement exagéré, il contribue fortement à faire de l'Obersalzberg un objectif militaire prioritaire. Début 1945 Préparation de l'opération Le commandement britannique décide de frapper directement le cœur du complexe nazi. Les objectifs sont multiples : soutenir l'avance des forces terrestres alliées : neutraliser les infrastructures de commandement : endommager le réseau de bunkers : détruire les installations militaires du secteur : porter un coup symbolique au régime nazi dans ses derniers jours. Contrairement à une idée répandue, l'objectif principal n'est pas uniquement le Berghof. Les planificateurs du raid visent avant tout l'ensemble du complexe gouvernemental, militaire et souterrain développé à l'Obersalzberg. 25 avril 1945 - 9 h 30 Première alerte Une alerte aérienne est déclenchée sur l'Obersalzberg. Les habitants, ouvriers, employés civils, membres du personnel administratif et militaires se réfugient rapidement dans les nombreux abris et tunnels creusés sous la montagne. 25 avril 1945 - Matinée Arrivée des bombardiers Le raid constitue l'une des dernières grandes opérations du Bomber Command en Europe. La force engagée comprend : 359 bombardiers lourds Avro Lancaster : 16 avions de marquage De Havilland Mosquito. La cible n'est pas uniquement le Berghof. Les Britanniques visent l'ensemble du complexe composé des résidences, bâtiments administratifs, installations techniques, casernes SS et infrastructures souterraines. 25 avril 1945 Deux vagues de bombardement Les conditions météorologiques et le relief montagneux compliquent le repérage des objectifs. Après plusieurs tentatives de marquage, les bombardiers attaquent en deux vagues successives. Au total, environ 1 232 tonnes de bombes sont larguées sur le secteur de l'Obersalzberg. Les explosions frappent notamment : la caserne SS : les résidences des dignitaires nazis : les installations techniques : les bâtiments administratifs : plusieurs secteurs résidentiels : une partie des infrastructures routières. En moins d'une heure, une grande partie du complexe est dévastée. Les habitants dans les tunnels Grâce au vaste réseau de galeries souterraines construit durant la guerre, environ 3 000 personnes trouvent refuge sous la montagne pendant le raid. Cette protection explique en grande partie pourquoi le nombre de victimes reste relativement limité malgré l'intensité exceptionnelle du bombardement. Le Berghof sous les bombes Le Berghof est touché à plusieurs reprises au cours de l'attaque. Contrairement à une idée largement répandue, il n'est cependant pas détruit par le bombardement lui-même. Le bâtiment est gravement endommagé mais demeure encore partiellement debout après le raid. Quelques jours plus tard, lors du retrait des forces allemandes, des membres de la SS incendient volontairement la résidence. Cette destruction par le feu contribue à l'image souvent véhiculée d'un Berghof totalement anéanti par les bombes britanniques. Les bunkers résistent L'un des objectifs majeurs du raid est la neutralisation du réseau souterrain de l'Obersalzberg. Les Alliés craignent que ces installations puissent servir de centre de commandement à la supposée Forteresse alpine. Malgré la puissance du bombardement, les galeries et les bunkers résistent relativement bien. Ils subissent beaucoup moins de dégâts que les bâtiments de surface. Cette solidité explique pourquoi une partie importante du réseau souterrain a survécu jusqu'à nos jours. Où se trouve Hitler ? Au moment du bombardement, Hitler n'est plus présent à l'Obersalzberg. Son dernier séjour sur la montagne remonte au 14 juillet 1944. Depuis janvier 1945, il dirige les dernières opérations militaires depuis le Führerbunker de Berlin, où il passera les derniers jours du régime nazi. Le principal dirigeant encore présent sur l'Obersalzberg est alors Hermann Göring, qui survit au bombardement. Le bilan humain Les chiffres généralement retenus par les historiens sont les suivants : Côté allemand - 31 morts. Côté allié : 2 bombardiers abattus : 4 aviateurs tués. Compte tenu de l'importance du raid et du volume d'explosifs largués, les pertes humaines demeurent relativement limitées grâce à l'efficacité des abris souterrains. 30 avril 1945 La fin du régime Cinq jours après le bombardement de l'Obersalzberg, Hitler se suicide dans son bunker de Berlin. L'attaque du 25 avril apparaît rétrospectivement comme l'un des derniers coups portés au cœur symbolique du régime nazi. 4 mai 1945 Arrivée des Alliés Quelques jours après le raid, les forces américaines atteignent Berchtesgaden puis l'Obersalzberg. Elles découvrent un paysage de destruction : Berghof gravement endommagé ; casernes SS en ruines : résidences des dignitaires largement détruites : bâtiments administratifs dévastés : routes éventrées par les cratères : infrastructures fortement endommagées. L'ancien centre de pouvoir nazi n'est plus que l'ombre de lui-même. Après-guerre Le bombardement marque le début de la disparition du complexe nazi. Au cours des décennies suivantes : plusieurs ruines sont dynamitées : les vestiges les plus emblématiques sont démolis : certaines installations sont réutilisées par l'armée américaine : une partie du réseau souterrain est conservée : le secteur est progressivement transformé en lieu d'étude et de mémoire historique. Aujourd'hui Les visiteurs de l'Obersalzberg peuvent encore observer : des cratères de bombardement : certains vestiges de fondations : une partie du réseau de bunkers accessible depuis le Centre de documentation : des photographies aériennes montrant l'étendue des destructions du 25 avril 1945 : plusieurs traces du paysage bouleversé par le raid. Dates clés Date Événement Juin 1944 Premier projet allié de bombardement 14 juillet 1944 Dernier séjour de Hitler à l'Obersalzberg Hiver 1944-1945 Montée des craintes liées à la « Forteresse alpine » 25 avril 1945 Raid du Bomber Command sur l'Obersalzberg 30 avril 1945 Suicide de Hitler à Berlin 4 mai 1945 Occupation de l'Obersalzberg par les forces américaines Le saviez-vous ? Le bombardement de l'Obersalzberg intervient cinq jours seulement avant le suicide de Hitler, le 30 avril 1945. Lorsque les 359 Lancaster britanniques apparaissent au-dessus des Alpes bavaroises, le centre de pouvoir qu'ils s'apprêtent à frapper a déjà perdu une grande partie de son importance stratégique. Son principal occupant a quitté définitivement la montagne plus de neuf mois auparavant. ******************* Le matin du 25 avril 1945, le grondement de centaines de moteurs se répercuta d'une vallée à l'autre. Au-dessus des Alpes bavaroises apparurent les silhouettes des Lancaster du Bomber Command. En quelques minutes, les résidences des dignitaires nazis furent éventrées, les casernes balayées et les routes recouvertes de cratères. Pourtant, sous la montagne, les tunnels résistèrent. Comme un dernier écho du Reich finissant, les entrailles de l'Obersalzberg survécurent à la tempête de feu qui venait de s'abattre sur lui. Lorsque les bombardiers s'éloignèrent vers l'ouest, le centre de pouvoir alpin du régime n'était plus qu'un paysage de fumée, annonçant déjà la chute imminente du IIIᵉ Reich.